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Le mythe du lâcher prise

Entre action et abandon confiant
1 juillet 2026 par
Le mythe du lâcher prise
Fabienne Loviat
| Aucun commentaire pour l'instant

Tu connais la scène. Quelqu'un te dit lâche prise, comme si c'était aussi simple que de desserrer la main. Ça t'énerve un peu parce que lâcher prise, dans ta tête, ça veut dire arrêter de te battre pour ce qui compte, laisser filer, abandonner. Et ça, tu n'en as pas envie, ce qui est d'ailleurs très sain.

Alors on va parler de ce mythe-là. Pas pour te donner une nouvelle technique à appliquer, mais pour démonter une confusion qui fait beaucoup de mal.

Pourquoi le lâcher-prise n'est pas synonyme de résignation

Voilà ce qu'on imagine souvent. Lâcher prise, c'est devenir indifférent. Ne plus se soucier de rien, ne plus s'investir, regarder sa vie passer sans réagir. Une espèce de détachement zen qui ressemble surtout à de la résignation.

Et c'est normal de résister à ça, parce que ce serait absurde de te demander de te désintéresser de ton travail, de tes proches, de tes projets, de ce qui te tient à cœur. Tu n'as pas à te détacher de tout pour aller mieux. Ce serait même le contraire de ce qui te ferait du bien.

La vraie question n'est pas est-ce que je dois lâcher. C'est lâcher quoi, exactement.

Et ça change tout, parce que tout ne se vaut pas dans ce qu'on appelle lâcher prise. Ta responsabilité, elle reste. Ton discernement, il reste. Ton implication dans ce qui compte pour toi, elle reste aussi. Ce qui peut partir, c'est autre chose, c'est l'énergie que tu dépenses à vouloir contrôler ce qui ne se contrôle pas.

C'est exactement ce que je dis aux personnes que j'accompagne quand elles me posent la question. Non, lâcher prise ce n'est pas s'en ficher de tout. C'est arrêter de t'épuiser sur ce que tu ne peux pas changer, pour retrouver de l'énergie là où tu peux vraiment agir.

Le paradoxe du besoin de tout contrôler

J'ai accompagné récemment une personne qui me disait, presque en s'excusant, qu'elle savait qu'elle essayait trop de contrôler, alors que ça ne servait à rien puisqu'elle ne pouvait pas contrôler de toute façon. Elle le voyait très bien, et pourtant elle continuait. Ce n'était pas un manque de volonté de sa part, c'est juste parce que voir ne suffit pas à faire disparaître le mécanisme.

Plus on veut contrôler, moins on contrôle. C'est presque mathématique. La frustration de constater que les choses ne se passent pas comme on voudrait crée une tension qui, au lieu de débloquer la situation, la fige davantage. Tu te bats contre ce qui est, et ce combat-là, tu le perds toujours, parce que tu te bats contre toi-même.

Et derrière ce besoin de contrôler, il y a presque toujours une histoire. Souvent un passé où il fallait tenir, où on ne pouvait pas se permettre de ne pas savoir ce qui allait se passer. Contrôler, à un moment donné, ça a été une façon de se protéger. Le problème, c'est que cette stratégie qui a pu être utile à un moment de ta vie, tu continues à l'utiliser aujourd'hui dans des contextes où elle ne sert plus qu'à t'épuiser.

Alors, c'est quoi le vrai lâcher prise ?

On a souvent en tête cette image. Lâcher prise, c'est comme être accroché à une paroi rocheuse et lâcher une main. Tu lâches, tu tombes, tu te crashes. Avec cette image-là, c'est sûr que personne n'a envie de lâcher prise. Ce serait du suicide.

Pour ma part, j'aime utiliser une tout autre image pour partager ma vision, celle du Pendu dans le tarot d'Oswald Wirth.

Sur cette carte, on voit un personnage suspendu, attaché par un pied entre deux arbres avec les mains liées dans le dos, et des pièces qui tombent de ses poches.

À première vue, il semble impuissant. Il ne peut plus avancer comme il en a l'habitude et il a même l'air de perdre quelque chose de précieux. C'est exactement ce que vivent beaucoup de personnes qui cherchent à tout contrôler. Elles dépensent une énergie considérable à vouloir sécuriser ce qui, par nature, ne peut pas l'être totalement.

Ce qui me touche particulièrement dans cette carte, ce sont les deux arbres. Pour moi, ils représentent tout ce qui nous a construits : notre éducation, notre histoire, nos expériences, nos croyances. C'est souvent ce conditionnement qui nous maintient coincés... mais ce n'est pas une fatalité.

Dans ma lecture, le Pendu est avant tout une invitation à changer de regard.

Carte du Pendu, tarot d'Oswald Wirth, symbole du lâcher prise

À voir que, quand tu cherches à tout contrôler, c'est toi que tu abandonnes.

Que tu mets parfois de côté ce que tu ressens, ce dont tu as besoin ou ce qui est juste pour toi afin de maintenir une forme de sécurité.

À voir surtout qu'un autre choix est possible.

Celui de te choisir.

De reconnaître qu'une stratégie qui t'a protégé hier te coûte peut-être aujourd'hui plus qu'elle ne t'apporte.

De ne plus réagir automatiquement, mais de répondre plus consciemment à ce que tu vis.

Le retournement du Pendu commence quand tu cesses de t'abandonner toi-même. Quand tu te choisis à nouveau. Quand tu acceptes de regarder la situation sous un autre angle plutôt que de continuer à te battre contre elle.

Et c'est là que quelque chose change.

Pas forcément la situation, pas forcément le résultat, mais ton rapport à ce que tu vis.

Tu découvres alors qu'il existe une différence immense entre agir et lutter. Agir, c'est poser les gestes qui dépendent de toi. Lutter, c'est vouloir forcer ce qui ne dépend pas de toi.

Le véritable lâcher-prise n'est pas quelque chose que tu dois réussir. C'est quelque chose qui devient possible lorsque tu choisis de ne plus te battre contre ce qui est.

La pression ne disparaît pas parce que tu l'as chassée. Elle s'allège parce que tu as cessé de lui résister.

C'est ça, l'abandon confiant.

Le lâcher prise n'est pas une technique

Si tu es dans une démarche de développement personnel, tu pourrais être tenté·e de te demander comment faire pour lâcher prise.

C'est une question légitime mais c'est aussi là que se cache un piège.

Dès que le lâcher-prise devient un objectif à atteindre ou une technique à maîtriser, tu risques de retomber dans le contrôle.

Le lâcher-prise n'est pas quelque chose que l'on fabrique. C'est souvent ce qui devient possible lorsque l'on cesse de lutter contre ce qui est.

Arrêter de tout contrôler, ce n'est pas perdre la maîtrise

Il y a une confusion qui empêche beaucoup de gens d'oser lâcher prise, l'idée que ça reviendrait à perdre toute maîtrise sur sa vie. Alors on s'accroche au contrôle, parce qu'on a peur que sans lui, tout s'effondre.

Mais le contrôle et la maîtrise, ce n'est pas la même chose. Le contrôle, c'est vouloir tenir chaque détail, chaque issue, chaque réaction, le tien et celui des autres. La maîtrise, elle, vient de la connaissance de toi-même. Plus tu vois tes propres mécanismes, plus tu te sens en sécurité à l'intérieur, et moins tu as besoin de tout contrôler à l'extérieur pour te sentir stable.

Lâcher prise n'est donc pas une perte de maîtrise. C'est plutôt la fin de l'apnée. Tu arrêtes de vouloir tout tenir par la force, et ça libère l'espace pour respirer à nouveau.

Ce n'est pas un saut, c'est petit à petit

Voilà ce que je vois vraiment, dans mes accompagnements et dans ma propre vie. Le lâcher prise n'arrive jamais d'un coup. Personne ne se réveille un matin transformé. Ça se construit dans l'accumulation de petits choix.

Chaque fois que tu te choisis plutôt que de te juger. Chaque fois que tu fais quelque chose pour toi, même cinq minutes, même un détail. Chaque fois que tu observes un jugement envers toi-même sans en faire un drame, juste en le voyant. Chaque fois que tu acceptes de ne pas savoir comment ça va se terminer et que tu avances quand même. Ce sont des micro-mouvements, presque invisibles un par un, mais qui finissent par déplacer quelque chose de grand.

C'est exactement comme ça que je vois le lâcher prise dans ma pratique. Pas un saut dans le vide, mais une habitude qu'on construit en se choisissant chaque jour. Et cette habitude-là, elle n'a rien d'héroïque ni de spectaculaire. Elle se vit dans des moments ordinaires, presque banals.

La confiance en la vie, sans renoncer à toi-même

La confiance en la vie, ce n'est pas croire que tout va bien se passer comme par magie. C'est accepter qu'il existe une part de ce qui arrive que tu ne maîtrises pas, et choisir malgré ça de continuer à agir là où tu as vraiment du pouvoir.

Tu gardes ton discernement. Tu gardes ta capacité à dire non, à poser tes limites, à t'engager pour ce qui compte pour toi. Ce que tu déposes, c'est l'idée que tu dois tout anticiper, tout prévoir, tout sécuriser avant d'avancer.

Et plus tu fais la paix avec toi-même, plus tu fais naturellement la paix avec ce qui t'entoure. Le travail, les relations, les imprévus. Ce n'est pas que les choses deviennent parfaites. C'est que tu n'es plus en guerre contre elles.

Cette façon de voir rejoint deux choses dont je parle souvent. D'abord cette idée que la vulnérabilité n'est pas une faiblesse. Reconnaître que tu n'as pas tout sous contrôle, ce n'est pas un aveu d'échec, c'est justement ce qui te rend plus fort·e. Et puis ce silence qui met mal à l'aise quand le bruit s'arrête. C'est souvent la même peur qui parle, celle de rencontrer ce qui remonte quand tu n'as plus rien à contrôler pour t'en distraire.

D'ailleurs, la carte du pendu, je l'évoque souvent avec les personnes que j'accompagne, et je les invite à la garder sous les yeux, dans le bon sens, par exemple en photo en fond d'écran. Pas pour qu'elles l'analysent, juste pour qu'elles la voient régulièrement. 

Parce que voir les choses autrement ne change pas forcément la situation. En revanche, tu ne la vis plus de la même manière. Et parfois, c'est exactement ça qui finit par tout changer.

Comprendre le mécanisme est déjà un premier pas. Mais comprendre un mécanisme ne suffit pas à le défaire, sinon ça ferait longtemps que tu aurais lâché.

Si ce besoin de tout tenir te parle, Ré-UNION c'est trois séances pour aller regarder ensemble ce qui, dans ton histoire, t'a appris qu'il fallait contrôler pour te sentir en sécurité. Pas une technique de plus pour lâcher prise, mais un espace pour te poser, voir ce qui t'empêche d'y arriver, et libérer ce qui te retient vraiment.

Prends contact avec moi pour qu'on en parle.

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