Il suffit que le bruit s'arrête, plus de notifications, plus de musique, plus personne autour, et là, quelque chose monte. Une agitation diffuse, un inconfort difficile à nommer, parfois même une légère angoisse. Alors tu rallumes, tu reprends le téléphone, tu te trouves quelque chose à faire, n'importe quoi, du moment que le silence ne s'installe pas trop.
Tu n'es pas seul·e dans ce cas. Beaucoup de personnes que j'accompagne vivent cela. Derrière cet inconfort se cache souvent une véritable peur du silence, même lorsqu'on n'en a pas conscience. Et ce n'est ni une question de caractère ni un caprice. C'est un mécanisme.
Pourquoi le silence met mal à l'aise
Voilà ce qui se joue. Quand tout s'agite autour de toi, c'est le trop penser qui prend le relais. Le mental a alors quelque chose à mâcher, il tourne, il analyse, il planifie, il résout. C'est sa fonction, et il s'en acquitte très bien.
Mais quand le calme arrive, il n'a plus d'objet sur lequel se poser et c'est là que les émotions enfouies refont surface. Celles que tu n'as pas eu le temps de ressentir, celles que tu as mises de côté parce qu'il fallait avancer, gérer, tenir.
Pourquoi avons-nous peur du silence ?
Quand le bruit retombe, quelque chose d’autre peut apparaître. Le silence agit alors comme un miroir. Sans l’agitation extérieure, tu te retrouves davantage face à ce qui est là, en toi, en attente.
Ce n'est pas dangereux mais ça peut faire peur, surtout quand tu as appris très tôt que ressentir certaines choses n'était pas sécurisant. Alors tu as développé une stratégie simple et efficace. Rester dans l'action, dans le trop penser, dans la charge mentale permanente, comme si t'arrêter risquait de tout faire tomber.
Derrière la peur du silence se cache souvent la peur de ressentir, de ralentir ou de rencontrer des émotions restées longtemps en attente.
Sauf que cette stratégie a un coût. Le corps reste sous tension et c'est le stress qui s'installe, silencieusement, sans qu'on le nomme toujours comme tel. La fatigue s'accumule sans jamais vraiment se déposer et tu te demandes pourquoi tu es épuisé·e alors que tu n'as "rien fait de spécial".
Apprivoiser le silence, ça s'apprend
Ralentir n'est pas un luxe ni une faiblesse. C'est simplement accepter de rencontrer ce qui est là, sans l'analyser de force, sans en faire quelque chose. Juste laisser le silence faire son travail, celui de déposer ce qui cherche à se reposer depuis longtemps.
Apprivoiser le silence, ça s'apprend. Plus tu le pratiques, moins il fait peur. Ce qui semblait vide devient peu à peu un espace de rencontre avec toi-même.
Le silence peut alors devenir un endroit où tu retrouves quelque chose d'essentiel, une forme d'apaisement que le bruit permanent ne peut pas t'offrir, et un peu plus de paix intérieure au quotidien.
Alors la prochaine fois que le silence te met mal à l'aise, plutôt que de le fuir, pose-toi juste une question :
Qu'est-ce qui cherche à être entendu là ?