Il suffit que le bruit s'arrête, plus de notifications, plus de musique, plus personne autour, et là, quelque chose monte. Une agitation diffuse, un inconfort difficile à nommer, parfois même une légère angoisse. Alors tu rallumes, tu reprends le téléphone, tu te trouves quelque chose à faire, n'importe quoi, du moment que le silence ne s'installe pas trop.
Tu n'es pas seul·e dans ce cas. Beaucoup de personnes que j'accompagne vivent ça et ce n'est pas une question de caractère, ni un caprice. C'est un mécanisme.
Voilà ce qui se joue. Quand tout s'agite autour de toi, le mental a quelque chose à mâcher, il tourne, il analyse, il planifie, il résout. C'est sa fonction, et il s'en acquitte très bien. Mais quand le calme arrive, il n'a plus d'objet sur lequel se poser et c'est là que les émotions enfouies refont surface. Celles que tu n'as pas eu le temps de ressentir, celles que tu as mises de côté parce qu'il fallait avancer, gérer, tenir.
Le silence agit comme un miroir. Sans le bruit extérieur, tu te retrouves face à ce qui est là, en toi, en attente.
Ce n'est pas dangereux mais ça peut faire peur, surtout quand tu as appris très tôt que ressentir certaines choses n'était pas sécurisant. Alors tu as développé une stratégie simple et efficace. Rester dans l'action, dans le trop penser, dans la charge mentale permanente, comme si t'arrêter risquait de tout faire tomber.
Sauf que cette stratégie a un coût. Le corps reste sous tension, la fatigue s'accumule sans jamais vraiment se déposer et tu te demandes pourquoi tu es épuisé·e alors que tu n'as "rien fait de spécial".
Ralentir n'est pas un luxe ni une faiblesse. C'est simplement accepter de rencontrer ce qui est là, sans l'analyser de force, sans en faire quelque chose. Juste laisser le silence faire son travail, celui de déposer ce qui cherche à se reposer depuis longtemps.
Apprivoiser le silence, ça s'apprend et plus tu le pratiques, moins il fait peur. Il devient même progressivement un endroit où tu retrouves quelque chose d'essentiel, une forme d'apaisement que le bruit permanent ne peut pas t'offrir, et un peu plus de paix intérieure au quotidien.
Alors la prochaine fois que le silence te met mal à l'aise, plutôt que de le fuir, pose-toi juste une question : Qu'est-ce qui cherche à être entendu là ?