Tu connais peut-être ça. Ce sentiment que ce que tu fais n'est jamais tout à fait assez bien. Tu te compares, tu regardes ce que les autres font mieux que toi, et l'idéal que tu poursuis semble toujours s’éloigner de toi dès que tu avances d'un pas.
Parfois, tu n'oses même pas commencer, de peur de ne pas être à la hauteur.
Cette exigence envers toi-même a plusieurs conséquences. Certaines sont visibles, d'autres beaucoup moins. En tous les cas, tu la paies toujours trop cher…
Quand l'exigence envers soi-même finit par nous faire croire que nous ne sommes jamais assez
Le plus lourd avec cette exigence, ce n'est pas qu'elle te pousse à faire mieux en jugeant ce que tu fais. C'est qu'à force, elle t’amène à juger qui tu es et à te faire croire que tu n’es pas assez. C'est ce que j'appelle parfois le syndrome du jamais assez.
Tu ressasses, tu reviens sans cesse sur ce qui aurait pu être mieux. C'est cette petite voix qui juge, ce petit vélo dans la tête qui tourne en boucle et ne te laisse jamais vraiment tranquille.
À force, tu peux finir par croire que tu devrais toujours faire mieux, être mieux, réagir autrement. Comme si ce que tu es aujourd’hui ne suffisait jamais tout à fait.
Alors forcément, la réalité déçoit. Les autres ne sont jamais exactement comme ils devraient être, le monde non plus... et toi encore moins.
Une colère monte parfois, mais comme elle n'est pas autorisée, elle se retourne contre toi plutôt que de sortir.
La culpabilité accompagne souvent cette exigence. J'en parle davantage dans l'article "Culpabilité : quand faire de son mieux ne suffit jamais".
Peu à peu, l'exigence devient une compagne silencieuse. Elle s'invite partout, même dans les moments où tout semble aller bien. Et son prix se retrouve dans cette tension permanente, dans cette anxiété de fond, dans cette peur de l’échec, parfois même dans cette fatigue qui s’installe sans que tu comprennes pourquoi.
Comment l'exigence envers soi-même impacte aussi nos relations
Cette exigence, tu peux croire qu'elle ne concerne que toi, mais l'autre la sent, même quand tu ne dis rien.
Quand j'ai rencontré mon mari René, il y avait une chose qui me dérangeait particulièrement chez lui, c’était les fautes d'orthographe. J'ai pu voir, avec le temps, que derrière ce manque d'indulgence se cachait surtout beaucoup de dureté envers moi-même. Je ne m'autorisais pas le droit à l'erreur et, sans le vouloir, j'étendais cette exigence à ceux qui m'entouraient.
Ce que je n'acceptais pas chez lui, c'était d'abord ce que je ne m'accordais pas à moi-même.
Aujourd'hui, les fautes d'orthographe ne me font plus du tout bondir. Et fait amusant, René lui-même en fait beaucoup moins. Depuis qu'il ne sent plus cette pression peser sur lui, il y prête plus facilement attention. Comme si le relâchement avait fait plus que toute l'exigence que je lui mettais avant.
J'ai observé le même phénomène avec ma fille.
Quand elle ramenait un 4,5 à l'école (sur 6), je lui faisais remarquer qu’en travaillant plus elle aurait pu faire mieux. Avec le temps, j'ai compris que cela la décourageait davantage que cela ne la motivait. Parce qu'au fond, quoi qu'elle fasse, il semblait toujours y avoir quelque chose à améliorer.
Depuis que j'ai complètement lâché là-dessus et que je lui fais confiance, elle obtient d’excellentes notes. Comme avec René, lâcher la pression n'a pas affaibli les résultats. Au contraire.
Cela m'a montré que l'exigence n'était pas toujours le moteur que l'on croit et qu'elle agit parfois dans des endroits où l'on ne pense même pas à regarder...
Ce que nos enfants ressentent au-delà de nos paroles
Récemment, une amie me parlait de son fils qui se mettait une pression folle. Il s'énervait beaucoup contre lui-même quand les choses ne se passaient pas comme il voulait et il laissait tout tomber. Comme mon amie l’encourageait beaucoup et n’était pas du tout sévère avec lui, elle ne comprenait pas pourquoi il agissait comme ça,
Je lui ai alors demandé comment elle se traitait elle-même et tout s’est éclairé. Elle était bienveillante avec son fils et ses mots étaient rassurants certes, mais sa propre exigence, sa propre dureté envers elle-même avaient un impact qu’elle n’avait pas mesuré. Car un enfant n’entend pas seulement ce qu'on lui dit, il ressent ce que l'on vit.
Il ne sait peut-être pas exactement ce que nous pensons de nous-mêmes. Il n'entend pas toutes les phrases que nous nous répétons intérieurement, par contre, il ressent la pression, la tension ou l'insatisfaction qui nous habitent.
Les enfants nous aiment profondément et ils cherchent naturellement à rester reliés à nous. Ils s'imprègnent de notre manière d'être au monde bien plus que de nos discours. Si nous sommes constamment durs avec nous-mêmes, si nous ne nous accordons jamais le droit à l'erreur ou au repos, nos enfants peuvent finir par croire que c'est ainsi qu'il faut se traiter pour être aimé, reconnu et trouver sa place.
Sans que personne ne le leur enseigne explicitement, ils apprennent quelque chose de notre relation à nous-mêmes. Ils observent comment nous nous traitons et en tirent, sans le savoir, leurs propres conclusions.
C'est aussi pour cela qu'il me paraît si important d'aller voir cette exigence quand on est parent. Non pas pour devenir parfait·e, mais pour offrir à nos enfants un peu plus de liberté d'être eux-mêmes.
Comment être moins exigeant avec soi-même sans devenir laxiste
Ce n’est pas si simple de lâcher cette exigence et ça ne veut pas dire baisser les bras ou ne plus rien attendre de toi.
Faire la différence entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous
Quand tu réalises qu'une grande partie de la souffrance liée à l'exigence vient de vouloir contrôler ce qui ne dépend pas de toi, le regard change. Tu commences à distinguer ce qui t'appartient vraiment... et ce qui ne t'appartient pas.
La prière de la sérénité peut accompagner cette prise de conscience :
“Mon Dieu, donne-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celles que je peux, et la sagesse d'en connaître la différence.”
Il y a aussi une chose très importante que j’ai comprise en découvrant le quatrième accord toltèque, c’est qu’à chaque instant tu fais du mieux que tu peux.
Accepter que notre mieux change chaque jour
Ton mieux n'est pas une mesure fixe. Il dépend de ton énergie, de ce que tu traverses, du temps dont tu disposes et des ressources que tu as à l'instant T. Ton mieux d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier et ce n'est pas grave du tout.
C’est devenu une évidence pour moi et c’est aussi un pilier essentiel qui soutient ma pratique. J’en parle donc beaucoup en consultation et j’ai régulièrement des personnes en résistance qui n’arrivent pas à entendre cela.
Elles me disent : J’aurais pu faire mieux !
Je réponds : Alors pourquoi tu ne l’as pas fait ?
Cette question provoque souvent un silence. Parce qu'au fond, personne ne se lève le matin en se disant “aujourd'hui, je vais volontairement faire moins bien que je ne peux”.
Arrêter de juger le passé avec les yeux d'aujourd'hui
À chaque instant, tu fais du mieux que tu peux avec ce que tu as. Avec ton énergie du moment, les ressources dont tu disposes, ce que tu traverses et le niveau de conscience qui est le tien à cet instant.
Lorsque tu regardes le passé, tu le regardes avec les yeux d'aujourd'hui. C'est normal de voir ce que tu aurais pu faire autrement. Mais hier, avec les ressources et la conscience qui étaient les tiennes à ce moment-là, tu faisais déjà du mieux que tu pouvais.
S'alléger ne signifie donc pas devenir laxiste. C'est arrêter de te reprocher de ne pas avoir donné davantage que ce que tu étais réellement capable de donner à ce moment-là.
Faire du mieux qu’on peut n'empêche pas d'apprendre, d'évoluer ou de faire autrement la prochaine fois. Cela permet simplement d'arrêter de se battre contre ce qui est déjà passé.
Dépasser du cadre pour ou relâcher la pression
Il y a un petit exercice que je propose parfois aux enfants ou aux adultes qui se mettent beaucoup de pression. Un simple coloriage avec une consigne un peu étrange : dépasse exprès.
Fais dépasser les couleurs, sors du cadre et observe ce que ça fait à l'intérieur.
Est-ce que ça crispe un peu ? Est-ce qu'une petite voix se manifeste, du genre ce n'est pas juste, ce n'est pas beau, tu as raté ? Si oui, tu viens de rencontrer en miniature ce même mécanisme qui s'active ailleurs dans ta vie, dès que quelque chose dépasse ce qui était prévu.
D'ailleurs, cette invitation à sortir du cadre tu peux aussi la transposer dans ton quotidien, sur des petites choses, sans attendre une occasion particulière.
Une amie était maniaque sur l'alignement de ses tasses dans le placard. Petit à petit, elle a osé les ranger n’importe comment et aujourd'hui, elle s'en fiche complètement. C'est ça aussi, dépasser du cadre, s'autoriser à faire un peu moins bien que d'habitude, à faire autrement, à s'arrêter à un moment donné même si ce n'est pas encore parfait.
Et si cette exigence n'était pas vraiment toi ?
Cette exigence, tu l'as peut-être portée si longtemps que tu as fini par croire que c'est ta nature, que tu es comme ça. Mais ce n'est peut-être pas qui tu es.
C'est peut-être simplement une stratégie que tu as apprise à un moment de ta vie. Une façon de faire pour être aimé·e, reconnu·e, valorisé·e ou pour éviter les reproches. Avec le temps, cette stratégie est devenue automatique.
Je pourrais te dire qu'un jour toute exigence disparaît mais ce n'est pas ce que j'observe. Je vois plutôt qu'elle se transforme, qu'elle se déplace. Qu'elle perd peu à peu sa place de chef d'orchestre.
Je continue parfois à vouloir bien faire. Je continue parfois à voir ce qui pourrait être amélioré mais ce n'est plus la même énergie. Il y a moins de tension, moins de lutte, moins de pression.
Quand je regarde les personnes que j'accompagne, je suis toujours frappée par la même chose. Plus la pression diminue, plus quelque chose peut enfin respirer. Comme si ce qui faisait grandir n'était pas l'exigence. Comme si la confiance ouvrait souvent davantage de possibilités.
Comment c’est pour toi ? Est-ce que tu arrives à te dire que tu fais du mieux que tu peux ? À ne pas te taper dessus quand tu te trompes ? Est-ce que tu t’autorises à t'arrêter même si ce n'est pas totalement terminé, même si c’est perfectible ? Est-ce que tu oses dépasser un peu du cadre ?
Et si vivre, c'était aussi te rappeler, de temps en temps, que tu as le droit de ne pas être parfait ?
Pourtant, savoir que tu as le droit de ne pas être parfait ne suffit pas toujours à relâcher la pression. Cette exigence ne disparaît pas sur commande. Elle s'est construite au fil du temps et elle a souvent de bonnes raisons d'être là.
Tu peux continuer à la porter seule en espérant qu'elle s'allège un jour. Ou tu peux choisir d'aller voir, avec quelqu'un à tes côtés, ce qui se cache vraiment derrière.
C'est ce que je te propose dans Ré-UNION : trois séances pour accueillir ce qui nourrit cette pression intérieure et transformer ce qui demande aujourd'hui à être libéré.
Alors, si tu en as assez de te juger, de te mettre la pression ou d'avoir l'impression que quoi que tu fasses ce n'est jamais assez...
Ensemble, nous irons à la rencontre de ce qui te pousse à être aussi exigeant·e avec toi-même, afin que tu puisses retrouver davantage de douceur et de liberté dans ta relation avec toi et avec les autres.