Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait que je sois autrement : moins bordélique, plus efficace, moins sensible, plus rapide, plus sûre de moi, plus confiante… bref, toujours un peu plus ceci ou un peu moins cela.
J'avais des idées très précises sur comment je devais être, comment les choses devaient être, sur ce qu'il fallait faire pour être "comme il faut".
Je me souviens d'un moment qui a été un vrai déclic.
Je travaillais alors avec une personne très rigoureuse, très organisée et souvent assez dure avec moi. Plus le temps passait, plus je me sentais mal dans ce job. J’avais l’impression de ne jamais faire assez bien, jamais comme il fallait. Je trouvais ma collègue vraiment injuste et je m’entends encore me dire, énervée, purée, jamais personne ne m’a traitée comme ça…
Il m’a fallu un moment avant de réaliser que si, il y avait bien quelqu’un qui me traitait comme ça depuis longtemps… Moi.
Avec le recul, j’ai compris que cette collègue me renvoyait un miroir. Je la trouvais dure, injuste - et c’est vrai que certains de ses comportements relevaient du mobbing - mais elle m’a aussi permis de voir à quel point j’étais injuste envers moi-même quand je me traitais mal.
Toujours quelque chose à corriger
Se dénigrer, se rabaisser, mal se parler… aujourd’hui, je vois que c’était une forme de maltraitance, mais à l’époque, ça me semblait normal.
Je cherchais à m’améliorer, je m'analysais, je repérais ce que j’aurais pu dire autrement dans la conversation d’hier, ce qui n’était pas encore assez bien dans mes façons de réagir et j'étais très exigeante envers moi-même. Je pensais que si ma vie n'était pas comme je voulais, c’était simplement parce que je devais encore "travailler sur moi".
Il y avait toujours quelque chose à redire et c’était devenu comme une obsession.
Mais je m’étais habituée à me mettre la pression et à entendre cette petite voix intérieure qui commente tout, qui juge beaucoup, qui compare souvent.
Ce mécanisme, je l’observe régulièrement chez les personnes qui viennent me voir en consultation et encore plus chez celles qui ont déjà goûté au développement personnel.
Quand l'amour de soi devient une nouvelle pression
Si on s'intéresse au développement personnel, c'est parce qu'on cherche à aller mieux. On veut comprendre ce qui nous fait souffrir, on a envie d'être plus en paix... et sans s’en rendre compte, on remplace vite une liste d’obligations par une autre.
Car elles sont piégeantes ces injonctions : comprends tes blessures, accueille tes émotions, sois aligné·e, conscient·e, dans ta puissance…
Et si on ajoute l’injonction suprême - aime-toi - le piège se referme.
Dès l’instant où l’on se dit qu’il faut s’aimer, on transforme cet amour en une exigence de plus à atteindre et on se rajoute une pression immense là où l’on cherchait justement un peu plus d’espace.
La "meilleure version de soi-même" devient alors un nouvel idéal tyrannique. Sauf qu’à courir après cette version améliorée de nous-mêmes, on continue de faire exactement la même chose qu’avant : se rejeter.
On ne se dit plus forcément "je suis nul·le" ; on se dit "je ne suis pas encore assez aligné·e" ou "je devrais être plus avancé·e". Le vocabulaire est devenu plus spirituel, mais le résultat intérieur reste souvent le même.
Apprendre à s'aimer autrement
Apprendre à s’aimer, c’est déjà arrêter de croire qu’on a quelque chose à changer ou à prouver. Comprendre qu’on n’a pas à devenir quelqu’un d’autre.
C’est commencer à se voir vraiment. Voir comment on se parle, comment on se juge, comment on se traite parfois avec une dureté qu’on n’aurait jamais envers quelqu’un qu’on aime.
C’est aussi arrêter de minimiser nos qualités, nos forces, notre lumière. Oser reconnaître ce qui est déjà là, même si tout n’est pas réglé.
L'idée n'est pas de réussir à tout aimer de soi du jour au lendemain, ni de devenir soudain parfaitement bienveillant·e avec soi-même.
C'est accueillir un peu plus les émotions qu'on aimerait ne pas ressentir. C'est cesser de croire qu'il y a une "meilleure version de soi-même" à atteindre et oser reconnaître avec douceur ce que l'on est déjà.
Apprendre à s'aimer, c'est apprendre à être avec ce qui est.
Ça ne veut pas dire qu'on se contente, ni qu'on renonce à évoluer. Ça veut dire qu'on cesse de vouloir se corriger à tout prix et qu'on arrête de lutter contre soi.
Avec les années, j’ai expérimenté que les choses changent vraiment quand on choisit le chemin de la réconciliation.
C’est cette façon plus douce de se rencontrer qui m’a inspiré le poème guérisseur Faire la paix avec toi.
Si tu te reconnais dans ces "je devrais" qui ne s'éteignent jamais, cet article sur la culpabilité et le fait de faire de son mieux peut t’éclairer. Et si tu te répètes souvent "je suis comme ça", ce regard sur ce que l’on croit être notre personnalité peut te parler.
Je t’invite aussi à te poser cette question…
Comment ce serait si je m’aimais comme je suis ?