Lutter contre la violence ou œuvrer pour la paix… tu ressens la différence ?
Pendant longtemps, j’ai beaucoup été en réaction. Je voyais la guerre, les injustices, les enfants qui meurent de faim, les violences, les humains qui se détruisent entre eux. Ça me mettait profondément en colère, je trouvais cela injuste, absurde, dégueulasse. Alors je me battais contre... cela m'épuisait, je me sentais impuissante.
Puis un jour, j’ai vu.
J'ai vu que la lutte que je menais contre l’extérieur était un reflet de celle que je menais contre moi-même. Je me jugeais beaucoup, j'étais dure avec moi, exigeante. Je ne me trouvais jamais assez bien, assez ceci, assez cela. Je refusais certaines émotions, certaines parts de moi, certaines blessures aussi. Sans le voir, je me faisais violence au quotidien.
Ce que nos réactions révèlent de notre monde intérieur
Au fil de mon parcours et des accompagnements, c'est devenu de plus en plus évident : ce qui nous met profondément en réaction vient toujours nous parler à deux endroits en même temps.
D’un côté, cela révèle ce qui compte vraiment pour nous et c'est une boussole précieuse.
L’injustice montre combien l’équité nous tient à cœur, le mensonge, notre attachement à la vérité, la violence, un besoin profond de douceur, de respect ou de sécurité.
De l'autre côté, cela nous montre un endroit où nous ne nous donnons pas encore cela à nous-mêmes. Un miroir, souvent inconfortable, mais tout aussi précieux.
L’injustice me révolte ? Est-ce que ce n'est pas de l'injustice quand je me juge durement, quand je me demande l’impossible, ou quand je me parle d’une manière que je n’accepterais jamais pour quelqu’un que j’aime ?
Le manque d’écoute me touche profondément ? Est-ce que je m’écoute vraiment ?
Le rejet me blesse ? Y a-t-il une part de moi que je rejette encore ?
Se faire violence sans s'en rendre compte
C'est ici qu'on peut basculer le regard. Quand la violence extérieure nous révolte, il y a presque toujours à voir la violence qu'on s'inflige à soi-même. On peut exercer une violence psychologique sur soi sans jamais lever la main sur personne. Quand on se parle mal, quand on se pousse au bout, quand on refuse ce qu'on ressent, c'est violent. Et souvent, on ne le voit pas.
Je ne parle pas de cela depuis un livre ou une théorie. Je parle de quelque chose que je connais bien parce que ma propre violence je l'ai rencontrée. Une violence parfois tournée contre moi, parfois contre les autres. J’ai été blessée, j'ai crié, j'ai voulu faire mal. On peut en arriver là quand on souffre vraiment.
C’est précisément parce que j’ai osé regarder cela en moi que quelque chose a changé. Pas en me jugeant davantage, ni en me racontant que j’étais "mauvaise", mais en étant bienveillante avec moi et en prenant conscience de ce qui demandait à être vu, traversé.
J'ai commencé à m'accueillir dans tout ce que j'étais... et ça fait toute la différence.
Quand on passe de lutter contre la violence… à oeuvrer pour la paix
Quand on reste braqué sur l'extérieur, qu'on veut que les autres changent, que le monde soit autrement, on se retrouve impuissant, épuisé. Par contre, quand on ose regarder en soi et qu'on prend nos responsabilités, on retrouve un espace d'action. On se reconnecte à notre pouvoir, à l'intérieur de nous, le seul endroit où on peut vraiment faire quelque chose.
C'est là que l'accueil prend tout son sens. Quand on accepte de se regarder vraiment, quand on laisse vivre les émotions, quand on voit qu'on a toujours fait du mieux qu'on pouvait, quand on cesse de lutter contre ce qui est, on s'ouvre à l'Amour et notre regard sur le monde change.
On prend du recul, on retrouve plus d'espace, ce qui nous permet d'accueillir le monde tel qu'il est, sans renoncer pour autant à agir ou à poser des limites.
Ce qui me touche particulièrement, c'est qu'en faisant la paix avec soi-même, on participe aussi à notre échelle à la paix dans le monde. Oui, car cette paix intérieure rayonne naturellement autour de nous et influence notre manière d'être, de rencontrer les autres et d'entrer en relation.
On continue à voir les injustices, les violences, les comportements destructeurs, mais cela nous met de moins en moins en réaction. On arrive mieux à comprendre ce qu'il peut y avoir derrière certaines manières d'agir. Et cela ne veut pas dire que l'on cautionne ou que l'on se résigne.
Pour moi, comprendre va bien au-delà d'expliquer ou de justifier. Comprendre, c'est prendre avec soi. C'est une forme d'amour.
Aimer ou accueillir l'autre, le monde, ça ne veut pas dire être d'accord avec tout. Ça veut dire être avec et agir à partir de là. Parfois aimer, c'est poser une limite ferme, dire stop, confronter, protéger.
Et envers soi-même, c'est la même chose. S'accueillir et arrêter de se faire violence, ce n'est pas se laisser tout passer. C'est parfois s'écouter assez pour refuser ce qui ne nous convient plus, et se protéger soi-même aussi.
Dis-moi, quand quelque chose te met profondément en réaction, est-ce que tu prends un moment pour regarder ce que cela vient toucher en toi ? Ce que ça révèle de ce qui compte vraiment ? L’endroit où tu ne te donnes peut-être pas encore cela à toi-même ?
Parce qu'au fond, peut-être que le plus grand courage n'est pas seulement de regarder le monde, mais d'oser aller à la racine.
Oser se voir vraiment.